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Et vous ? Êtes-vous plutôt crêpe ou galette ? – Entretien avec Bernard Hulin

 

En 2020-2021, cinq musées de la région présentent six expositions complémentaires, s’intéressant chacune à un sujet bien plus vaste qu’il n’y paraît : la « crêpe » ou « galette » (selon l’endroit où on la déguste). Le musée de l’Ancienne Abbaye de Landévennec, le musée de Dinan, l’écomusée des Monts d’Arrée, le musée départemental breton de Quimper et le musée bigouden de Pont-l’Abbé se sont associés pour travailler sur ce projet commun.

Suite au travail mené par les musées en collaboration avec habitants, crêperies, ethnologues, archéologues ou encore historiens, ces expositions apportent un éclairage nouveau, large et pluriel sur le sujet, depuis l’histoire des productions agricoles jusque l’économie mondialisée actuelle en passant par les techniques de fabrication, les modes d’alimentation et la vie sociale qui y est liée. Au-delà des expositions réalisées, ces recherches sont également restituées par la publication d’un bel ouvrage paru en juillet 2020 chez Coop Breizh.

Pour comprendre comment est né ce joli projet partenarial et en quoi il consiste, nous avons rencontré Bernard Hulin, directeur du musée de l’ancienne Abbaye de Landévennec.

 

Premières de couvertures de l’ouvrage édité chez Coop Breizh en juillet en français et en breton

 

  • Quand et comment est née l’idée de travailler sur cette thématique, à plusieurs qui plus est ? Quel a été le rôle du Groupement d’intérêt public Musées de territoires finistériens dans l’impulsion de ce projet ?

 

Le point de départ du projet se situe en 2015, après que le musée de l’ancienne Abbaye ait fait réaliser des analyses par le Laboratoire Nicolas Garnier sur des récipients des XIIe – XVe siècles découverts sur le site et identifiés par les archéologues à des « galettières ».

Cette étude scientifique, sans précédent dans l’univers de la recherche, révèle l’utilisation de beurre et une température de cuisson supérieure à 240°C. Ces critères étant toujours les plus courants pour la cuisson d’une crêpe aujourd’hui, on s’est alors demandé à quand remontait « l’invention » de la crêpe bretonne.

 

Fragments de galettière du XIIIe -XIVe siècles, au Musée de l’ancienne abbaye de Landévennec, dans le Finistère. © Musée de l’ancienne abbaye de Landévennec

 

C’est le point de départ du projet d’exposition de Landévennec et, dans le même temps la proposition d’étendre le propos à d’autres thématiques liées à la crêpe, notamment l’ethnologie.

Ce domaine n’étant pas celui du musée de l’Ancienne abbaye, nous avons proposé aux musées directement concernés de s’associer au programme qui a pris une envergure régionale, à travers la participation de l’écomusée des monts d’Arrée également membre du GIP Musées de territoires finistériens, du musée Bigouden de Pont l’Abbé, du musée départemental breton, et enfin du musée de Dinan qui lui traite plus spécifiquement de la galette, propre à la Bretagne gallèse.

Le musée de l’ancienne abbaye a ensuite proposé aux musées d’adosser à la programmation d’expositions un volet touristique et un plan de communication qui pourraient bénéficier du soutien de la Région et des Pays, à travers les fonds LEADER.

 

  • Par la suite, par quelles actions communes s’est concrétisé le partenariat, au-delà de travailler chacun sur une même thématique ?

 

Cela s’est concrétisé par différentes actions :

  • Des échanges sur les collections, les thèmes et les sujets qui seraient abordés par les uns et les autres, dans le souci d’éviter les propos redondants.
  • L’élaboration du projet de catalogue commun bilingue associant des archéologues, universitaires et autres chercheurs.
  • L’élaboration du volet touristique (guide régional basé sur des circuits autour des expositions réalisé dans la cadre d’un projet tutoré avec par des étudiants de l’UBO section Tourisme de Quimper).
  • L’élaboration du plan de communication : charte graphique commune, campagne de presse, diffusion du guide, annonces et film promotionnel, etc. programme ensuite délégué par marchés à des prestataires.

 

  • La région Bretagne et la DRAC vous ont accompagné sur ce projet, mais également le fonds européen LEADER (pour « Liaison Entre Actions de Développement de l’Économie Rurale »). Qu’a apporté ce financement ? Quelles actions vous a-t-il permis de mettre en place ?

 

DRAC, Région et programme LEADER ont largement contribué au financement des expositions. Le volet touristique (et donc économique) comme le plan de communication sont à la base du programme déposé auprès des Pays pour les financements LEADER.

Considérant le caractère exemplaire du programme de valorisation d’un élément essentiel du patrimoine régional, et son impact potentiel en terme touristique et économique (la filière de la crêpe), les chargés de mission des Pays ont proposé de faire appel aux fonds LEADER coopération, rarement sollicités en raison de leur mise en œuvre complexe mais qui présentent l’avantage de permettre le financement de projets à hauteur de 80%.

Le GIP « Musées de territoires finistériens » a intégralement porté ce dossier, tant sur le plan de la conception (musée de l’ancienne abbaye) que de sa gestion administrative particulièrement lourde (écomusée des monts d’Arrée).

 

Les territoires des groupes d’action locale bretons pour la programmation 2014-2020 du fonds Leader.

 

  • Quels sont les critères d’éligibilité à ce fonds ?

 

Le potentiel en terme de développement des territoires, à travers la valorisation de leurs ressources : ici le tourisme, via le patrimoine, et la filière économique de la crêpe, de l’artisan crêpier en passant par les biscuiteries et les fabricants de matériels.

 

  • Quelles ont été les démarches à mener ensuite pour candidater ?

 

Il a fallu élaborer un projet commun qui doit ensuite être validé par la Région et les différents Pays : plusieurs réunions nécessaires avec les chargés de mission, correspondant à des phases de validation puis chaque directeur ou responsable de musée présente son projet devant la Comité unique de programmation de son Pays référent.

 

Les responsables des différents musées ayant participé au projet présentant l’ouvrage qui a pu être financé grâce au partenariat

 

  • Le financement obtenu était-il ciblé sur des actions précises du projet ? Y a-t-il certaines actions sur lesquelles il n’a pu être orienté ?

 

Le volet culturel (les expositions) ne peut seul être éligible au fonds LEADER. C’est l’impact en terme de développement des territoires qui est l’élément déterminant. C’est sur cette base que se fait la concertation entre les chargés de mission des Pays, en lien étroit avec la Région.

 

  • Vous avez également mis en place un financement participatif sur la plateforme Kengo.bzh pour le financement de la publication. Dans quelle mesure cela a-t-il pu financer l’ouvrage ?

 

C’est le musée de l’ancienne abbaye qui a porté ce projet qui lui a permis de réunir 2000€ qui contribuent pour 25% à sa participation aux frais d’édition du catalogue.

 

  • Que retirez-vous de cette expérience, encore d’actualité ?    

 

Une expérience particulièrement intéressante et motivante, dans la mesure où elle fait la preuve que des petits musées ou des musées de taille moyenne, en s’associant peuvent mettre en œuvre un programme régional d’envergure.

Une expérience particulièrement enrichissante et novatrice tant sur le plan de la programmation culturelle avec les collègues, qu’à travers le dialogue avec les chargés de mission Pays/ LEADER.

Enfin, il est particulièrement satisfaisant de voir les musées reconnus comme des acteurs essentiels de la vie de leur territoire.

 

  • Y a-t-il d’autres points que vous aimeriez souligner ? 

 

Sans la contribution majeure des 2 musées du GIP, tant en terme de contacts, d’ingénierie que de temps consacré, ce programme lourd, sur le plan de la conception et de la charge administrative qu’il représente, n’aurait pu voir le jour.

Un tel projet nécessite en effet un chef de file, ici le musée de l’ancienne abbaye associé à l’écomusée des monts d’Arrée, premiers associés et porteurs de ce projet auprès de leurs collègues.