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Le pardon de Sainte-Barbe du Faouët, d’Yvonne Jean-Haffen

Musée de Dinan

Dinan

Beaux-arts - Ethnologie - Histoire - Patrimoine - Modes et costumes - Culture bretonne
© Service Culture et Patrimoines – Pôle Musées et Collections

La production artistique de l’artiste peintre Yvonne Jean-Haffen (1895-1993) forme un jalon important de l’histoire de l’art du 20ème siècle en Bretagne. Élève, puis collaboratrice de Mathurin Méheut, elle réalise des décors monumentaux, illustre des ouvrages et fait montre de ses talents aussi bien en peinture, qu’en céramique ou en gravure. Yvonne Jean-Haffen peint énormément la Bretagne : animée par l’esprit d’enquête, elle parcourt la région pour croquer les costumes, les métiers et les modes de vie traditionnels alors en voie de disparition. Ses premiers contacts avec la Bretagne remontent à l’été 1926. Cette année-là, sur les conseils de Mathurin Méheut, elle visite Lamballe et ses environs ; puis l’été suivant, elle explore le Finistère, de Quimper à Ouessant. Au cours de l’été 1928, elle assiste pour la première fois au pardon de Sainte-Barbe-du-Faouët, dans le Morbihan, et tombe sous le charme de ce site pittoresque surplombant d’une centaine de mètres la rivière Ellé.

Découvrez ci-dessous un présentation de l’œuvre par Frédéric Bonnor, responsable du service des musées de Dinan, pour la rubrique Décrypt’art de France 3 Bretagne :

Construite au 16ème siècle, la chapelle Sainte-Barbe-du-Faouët se dresse sur une plateforme à flanc de la falaise. On y accède par un escalier monumental de style renaissance. Yvonne Jean-Haffen découvre les lieux avec émerveillement à l’occasion du pardon annuel. À distance, Mathurin Méheut suit les premiers jours de son élève au Faouët et lui adresse ces quelques mots : « Vous avez eu un temps étonnant si j’en juge par les journaux, aussi j’ai hâte de voir le fameux moulin de cette délicieuse vallée. Vous ne savez combien je suis heureux de voir comment vous vous êtes remise à la peinture, et avec quel culot vous avez couvert de grands châssis. » Quelques jours plus tard, il la rejoint puis lui écrit : « Vous laissant ce soir et pliant ces croquis avec un tas de bons souvenirs de tout ce que vous avez fait pour moi durant ce voyage ».

La contribution de Mathurin Méheut dans l’éveil et le style d’Yvonne Jean-Haffen se révèle décisif. Elle adopte ses méthodes de travail et ses techniques, elle suit ses conseils généreusement prodigués dans la correspondance et adhère à ses opinions et partis pris esthétiques. Cela ne fait que confirmer l’existence d’une correspondance et d’une entente intellectuelle totale entre les deux artistes. Leur collaboration serrée, telle que le laissent entendre leurs lettres et témoignages, interroge même l’identité d’auteur et la valeur des signatures ; sans nier leurs particularités stylistiques, l’idée d’une création « à quatre mains » nous effleure immanquablement.

Au crépuscule de sa vie, Yvonne Jean-Haffen raconte la découverte de ce site enchanteur aux côtés de Mathurin Méheut : « Je nous vois encore, montant le chemin caillouteux sous les grands châtaigniers d’or, à l’assaut de la découverte merveilleuse. On s’approche de la balustrade et c’est alors le grand choc quand on découvre les grands degrés, la chapelle et la vie bruissante de ses cascades et de ses oiseaux. Je rapportai de cet endroit enchanteur deux belles peintures et des matériaux pour un grand triptyque qui eurent beaucoup de succès au Salon et furent ensuite vendus ».

Un triptyque est une œuvre peinte en trois panneaux dont les deux volets extérieurs peuvent se refermer sur celui du milieu. Ce format caractérise d’abord la peinture médiévale ; quelques peintres bretons tels qu’Ernest Guérin (1887-1852) y ont néanmoins encore recours au 20ème siècle. Yvonne Jean-Haffen ne l’utilise qu’une seule fois, certes, dans sa carrière, mais pour aboutir à un résultat remarquable. Elle réussit à développer sur trois panneaux synoptiques une vue d’ensemble de tous les aspects du Pardon de Sainte-Barbe-du-Faouët. Sur le panneau de gauche, l’on distingue la foule des pèlerins habillés de noir se pressant autour de la chapelle gothique pour assister à l’office. Le panneau central présente quelques groupes de pèlerins qui discutent assis, tandis que d’autres descendent précautionneusement les marches qui mènent à la chapelle. Le panneau de droite met en scène plusieurs autres fidèles qui se restaurent et se désaltèrent. Seul un triptyque pouvait réunir la chapelle, l’escalier, la foule de pèlerins, en en seule œuvre.

Sans conteste, la composition de l’ensemble est une prouesse. Déjà, le style d’Yvonne Jean-Haffen s’impose. La ligne d’horizon est placée très haut, l’artiste fait le choix d’une perspective plongeante qui nous transporte au cœur de la multitude. Par ailleurs, elle recourt à la peinture à la caséine, une peinture à base de lait qu’elle apprécie pour son aspect velouté mat et profond. La palette de couleurs fait alterner les camaïeux ocrés de l’automne, les gris de la pierre et le noir des costumes, une économie de couleur qui annonce sa production postérieure comme les décors de l’Institut de géologie ou l’illustration du roman de Roger Vercel, En dérive.

Les personnages sont vigoureusement tracés, leurs gestes sont finement recopiés mais leurs visages demeurent anonymes. Toute tentative d’individualisation est impossible. La foule est traitée à la manière de Mathurin Méheut, en plusieurs « groupements » qui s’intègrent et s’imbriquent les uns dans les autres avec beaucoup de diversité. Elle se développe sur plusieurs plans superposés et donne une échelle au paysage qui, pour sa part, se résume à de simples aplats de couleurs. La simplicité de traitement du paysage permet de mieux valoriser les groupes de pèlerins. Le triptyque est achevé en 1931. Yvonne Jean-Haffen l’expose la même année au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts, puis lors de son exposition personnelle en 1933 à la Galerie Charpentier. À partir de 1955, Le Pardon de Sainte Barbe du Faouët est la propriété de collectionneurs privés. En 2017, elle intègre les collections du Musée Yvonne Jean-Haffen grâce à la générosité des membres de l’association Les Amis de la Grande Vigne.

Le service des musées de Dinan