Ce col de chemise a appartenu à Jacques Bonsergent (1912-1940), qui le portait lors de sa détention à la prison du Cherche-Midi, cellule n°175, à Paris. Il fut emprisonné et condamné à mort en 1940. Cet objet était le seul support sur lequel il pouvait alors écrire en prison.
Né le 14 septembre 1912 au lieu-dit Foveno à Missiriac, dans le Morbihan), Jacques Bonsergent est diplômé de l’école des Arts et
Métiers à Angers dans le Maine-et-Loire (promotion de 1930).
Mobilisé pour la guerre en 1939, il est rappelé comme affecté spécial à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, dans une usine de chaudières reconvertie dans l’industrie de guerre.
Le dimanche 10 novembre 1940 vers 21 heures, aux abords de la gare Saint-Lazare, Jacques Bonsergent et ses amis, de retour d’une soirée de noces, croisent une patrouille de soldats allemands. S’ensuit une bousculade au cours de laquelle un soldat allemand reçoit un coup. Repéré par sa haute taille, Jacques Bonsergent est arrêté, molesté puis entraîné à l’intérieur de l’hôtel Terminus non loin de là.
On lui demande de donner les noms de ses camarades, ce qu’il refusera jusqu’à son dernier souffle. Jacques Bonsergent devient le condamné idéal permettant aux autorités allemandes de faire un exemple pour frapper l’opinion publique. Incarcéré à la prison du Cherche midi le 10 novembre 1940, Jacques Bonsergent dessine sa cellule et note quelques mots au crayon sur l’unique support à sa disposition : son col de chemise sur lequel on lit encore la marque du fournisseur – le chemisier « Jacques » à Lorient.
Il écrivit son nom et son adresse, son numéro de cellule et la date de sa condamnation à mort : « le 5-12-40 ». Comme pour conjurer le sort, il écrit également : « Recours en grâce signé le … « , laissant la place à la date du recours le grâciant.
Ce recours ne fut jamais signé. Il fut refusé par le général Otto Von Stülpnagel, chef des forces d’occupation allemandes et gouverneur militaire de Paris. Jacque Bonsergent fut fusillé le 23 décembre 1940 au fort de Vincennes. C’est le premier civil exécuté à Paris sous l’occupation allemande. Il est inhumé dans le cimetière de Malestroit (Morbihan).

