Le Musée Mathurin Méheut propose aux visiteurs de rencontrer la restauratrice, Gwendoline Lemée le 7 juillet prochain. Nous avons posé quelques questions à Laura Hamonic, chargée des collections et à Gwendoline Étienne, chargée de communication et des partenariats pour comprendre en quoi cette action est pleine de sens pour un musée comme celui-ci.
Pouvez-vous expliquer la démarche de faire rencontrer au public le travail d’une restauratrice ?
Faire connaître le travail de Gwendoline Lemée c’est rendre visible l’invisible. Le travail d’une restauratrice-conservatrice dans un musée est par définition un travail de l’ombre. En salle d’exposition, lorsqu’une personne s’arrête devant un dessin ou un ouvrage illustré par Mathurin Méheut, le visiteur n’imagine pas toujours qu’au préalable une spécialiste a pu en prendre soin, afin d’améliorer sa lisibilité, son esthétisme, son intégrité matérielle et afin de pouvoir l’exposer en toute sécurité.
Les publics sont généralement très intéressés par tout ce qui se passe en coulisse du musée. Inviter une restauratrice à parler de son métier, c’est une façon de valoriser les métiers d’art et les savoir-faire peu connus du grand public. C’est aussi réaliser notre mission de médiation culturelle en partageant nos connaissances et en montrant que le patrimoine est vivant, parfois fragile et que notre rôle est de le préserver pour le transmettre. Ainsi, nous souhaitons rendre hommage à une chaîne patrimoniale humaine souvent méconnue. Le travail de l’équipe scientifique du musée et celui de la restauratrice sont complémentaires et indissociables : d’un côté, on connaît l’œuvre dans son contexte historique et artistique, de l’autre dans sa matérialité. Nous voulons montrer que la restauration est un acte scientifique, exigeant et technique à la fois et qu’elle engage des choix qui conditionnent l’avenir de l’œuvre. Il y a aussi dans cette mission de préservation une obligation juridique et déontologique.
En effet, en tant que musée de France au sens de la loi de 2002, le musée Méheut a la responsabilité légale d’assurer la conservation, la restauration et l’étude de ses collections. Toute intervention sur une œuvre doit être précédée d’un examen rigoureux, documenté, puis réalisé dans le respect des principes fondamentaux de la profession : réversibilité et minimalité de l’intervention. Ces opérations sont souvent rendues possibles grâce aux dispositifs de l’État, notamment le FRAR (Fonds Régional d’Aide à la Restauration), qui cofinance les interventions dans les musées de France suite à la présentation d’un dossier en commission scientifique présidée par la DRAC.
La restauratrice-conservatrice invitée est spécialisée dans les livres anciens. Quel intérêt y a-t-il pour le musée Mathurin Méheut de mettre en avant ce type de collection ?
La spécialité de Gwendoline Lemée, livres et archives, est une discipline exigeante, qui mobilise à la fois une connaissance approfondie de l’histoire du livre et une expertise en chimie des matériaux. Nos collections, qui datent pour la plupart de la première moitié du 20ème siècle peuvent être impactées par le temps qui passe : le papier, les encres, les reliures vieillissent, s’acidifient et se fragilisent. Les mettre en lumière à travers le prisme de la restauration, c’est aussi sensibiliser le public à leur vulnérabilité et à la nécessité de les protéger. Par ailleurs, mettre en avant ce type de collection, c’est élargir le regard sur Mathurin Méheut, souvent associé à la peinture et à la Bretagne, puisque l’illustration d’ouvrages a été une part importante de son travail pendant de nombreuses années et constitue une proportion non négligeable du fonds du musée.
Au-delà de cette rencontre, que propose d’autre votre musée pour cette année ?
Le musée Mathurin Méheut est ouvert jusqu’à la fin des vacances de Noël. En plus de la visite du parcours permanent et de l’exposition temporaire, nous proposons divers rendez- vous pour le public : des ateliers de pratique artistique (pour adultes, enfants et personnes en situation de handicap), des actions culturelles (spectacles, expositions parallèles, projection, enquête …) et bien sûr d’autres rencontres avec les professionnels du musée.
À ne pas louper lors des Journées européennes du patrimoine une rencontre avec une restauratrice-conservatrice autour de la restauration d’un très grand format de Mathurin Méheut Les Binious, ou encore notre participation à la Semaine du tourisme économique et des savoir-faire avec une animation intitulée “La vie secrète des collections”.
Faire rencontrer au public le travail d’une restauratrice, c’est donc accomplir simultanément plusieurs missions du musée : conserver, étudier, éduquer, partager. En toute transparence, nous souhaitons montrer comment nous prenons soin de ce patrimoine qui appartient à toutes et à tous.
Pour en savoir plus sur cette rencontre, plus d’information sur le site internet du Musée Mathurin Méheut.
